Avons-nous besoin de convivialité ?

Construire un monde nouveau exige de prendre en compte les besoins fondamentaux de nos contemporains. Actuellement, l’heure est à l’émergence de la solidarité et de la coopération, et c’est tant mieux ! Car le premier besoin de l’être humain, comme le disait Aristote, est celui de la relation avec l’autre, « l’homme est un animal politique ».

Ce désir de vivre ensemble fonde l’humanité de l’homme. Mais comme le disait Rousseau dans le Contrat Social, c’est justement ce que le « contrat » ne peut pas faire : créer le désir, le désir du contrat !

C’est donc à une réforme existentielle que nous devons nous atteler. Pour commencer, comme le dit Edgar Morin « ce qui devrait accéder à la conscience, c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante et liée dans une communauté de destin planétaire ».

Face aux enjeux de notre époque, il est souhaitable que les hommes se réunissent et comprennent le vivre ensemble comme une nécessité pour agir ensemble pour le futur de l’humanité et de la planète.

Cette nécessité, au lieu d’être subie, peut aussi être éprouvée comme une joie, celle du partage et de la convivialité justement, si nous savons vivre une vie « poétisée par la fête » selon l’expression d’Edgar Morin.

Mais la clé du vouloir vivre ensemble se trouve plus vraisemblablement dans l’éducation. Un monde nouveau ne pourra se forger réellement sans une éducation à la complexité, c'est-à-dire à la capacité de sortir d’un cartésianisme trop binaire pour embrasser une réalité multi-facétique, contradictoire. Et ainsi s’ouvrir à ce qui est différent de nous, à l’autre  tout à la fois étranger et alter ego. Une éducation à l’altruisme, à la coopération, dont nous savons qu’elles potentialisent les qualités individuelles et collectives. Une éducation qui intégrerait la gestion du conflit sans violence, une autre relation à l’autorité, une capacité à l’empathie, un sens de la responsabilité. Une éducation qui nous conduirait naturellement à l’amitié et la solidarité, fruits de l’idéal de fraternité qui nous est si cher.

Il s’agit donc d’avoir une idée adéquate de ce à quoi nous aspirons, un idéal.

C’est pourquoi cette éducation devra permettre de construire en soi-même une force de dépassement, une force morale. Car, comme le disait Spinoza, le désir véritable demande un effort conséquent et une décision ferme, c'est-à-dire « être déterminé à faire quelque chose ».

Le désir de vivre ensemble, est finalement un idéal, un désir d’être, bien loin de l’avidité moderne qui nous fait croire que tout désir peut être satisfait instantanément par un acte de consommation.

Il est à construire à l’intérieur de soi. C’est ainsi que la civilisation du bien vivre ne pourra se conjuguer qu’avec celle du bien vivre ensemble.

Isabelle Ohmann

Présidente de Nouvelle Acropole Paris XV